— Pas de champagne ? — Non, Monsieur ; pas ce soir, merci. Son costume est assez bien taillé. Son discours, en revanche, était long et prétentieux. Il tenait à ce qu’on dise de lui qu’il était capable de produire des discours bien ficelés. Trop fier de toutes ses phrases pour se rendre compte qu’il n’aurait pas dû avoir le temps de faire les recherches et les calculs auxquels il se référait pour faire sourire l’assemblée. Les graviers crissent sous ses souliers. — Alors, cette année ? — J’ai pris le temps de prendre mes marques. L’hiver a été rude. Il me tarde l’année prochaine. — Bon, bon. La canicule est retombée ; il fait bon dans la cour d’honneur. Le vent, décidément. — Voudrez-vous prendre une classe à votre charge à la rentrée ? — Je préférerais ne pas. Un peu de confusion sur ce visage de candidat à quelque chose. Il est éduqué : il l’a laissé entendre plusieurs fois tout à l’heure. Il a aussi parlé du plaisir qu’il a à fouiller dans les dossiers de carrière. Le mien est atone : je louvoie entre deux eaux depuis une décennie. Il regarde ma montre chère, mon short élimé, mes sandales, mes cheveux ébouriffés. Jamais mes yeux. — Bonne soirée, Monsieur Tastet. — Bonne soirée à vous, Monsieur.


2 juillet 2026 contribution à la proposition de François Bon « à table » du cycle d'ateliers d'écriture outils du roman (2014).