Quelque part, dans d'immenses tuyaux, on chauffe du pétrole — fossile liquide. Ça fume, ça craque, ça sent. On récupère les résidus.

Plus loin, entre deux églises, il y a des pâturages. De la roche, de la terre, de l'herbe, des animaux microscopiques, des plus grands. À l'aube, la rosée tombe. Non, plutôt, le brouillard colle. Ça hume la betterave. Des camions arrivent et tracent une ligne. On râcle tout : même les animaux, même les petits, même les grands, même les fleurs, même les mousses ; les lichens, les insectes, et celles, et ceux qui vivent dedans. Même la ligne entre le ciel et la terre. On ratissent la pierre, on choque les micas, on broie les feldspaths, avant d’épandre l’asphalte tout chaud.

Et tout d’un coup, depuis la lisière, des biches voient des moteurs brûler du pétrole. À l’occasion, une laie plie une berline.

les pistons coulissent, les pneus s’usent, se craquèlent. clignotants. les cloches sonnent les demi-heures.


29 janvier 2025

à partir de l’atelier d’écriture de Laura Vasquez du samedi 25 janvier, avec Adrienne Rich.