J’écris ce texte depuis la bibliothèque de l’Hôtel de Ville. Je suis d’abord allé, comme à mon habitude, à la Bibliothèque Publique d’information (pour éviter la fameuse blague avec l’autre BPI, dans laquelle je ne souhaite vraiment pas passer mes lundis après-midi). J’ai passé la sécurité, pris les escalators, mais un cordon m’a barré l’entrée. À ma question, une bibliothécaire m’a répondu : “Oui, elle est fermée, et pour cinq ans.”

Je savais que ça n’allait pas tarder, je connaissais même la date à vrai dire, mais sans la raccrocher à la réalité. Certainement un mécanisme de défense. J’avais prévu d’y rester jusqu’à 22 heures le jour de la fermeture pour lui faire mes adieux en bonne et due forme. J’y ai quand même écrit mon premier roman. J’y ai fait fondre des journées. Je pense souvent à son gömböc avant de m’endormir. Je suis triste de ne pas avoir pu lui dire au revoir.

Maude m’a conseillé d’imaginer les cinq ans à venir, ce que j’allais pouvoir lui raconter lors de sa réouverture. Les romans que j’allais pouvoir lui montrer. Ça me terrifie de me projeter là-dedans. Ma vie sera pour sûr (?) très différente dans cinq ans. Je préfère rester dans l’instant, devant mon ordinateur, sentir la moquette sous mes pieds.

Prenons cependant note ici, solennellement, qu’il faudra que je puisse, le jour de la réouverture, demander à consulter un de mes ouvrages à un bibliothécaire.

Allez, je me remets au travail.


3 mars 2025