Juste avant de m’endormir, des idées viennent me visiter. Dans cet état de conscience intermédiaire entre la veille et le sommeil, je ne pense plus rationnellement, mais, disons, oniriquement, tout en restant le capitaine du bateau. Plus je m’approche de l’endormissement, plus le fil des idées est difficile à remonter le lendemain matin. Parfois, j’ai la force de rallumer et de les écrire — on connait la déception à la relecture — mais souvent, l’envie de les capturer est métabolisée par l’idée elle-même. Il m’est possible de tomber dans un état semblable sous une douche chaude : le temps s’arrête et ma peau rougit. Bien qu’il n’y ait rien d’exceptionnel dans ces phénomènes — les états hypnagogique, hypnopompique et l’effet d’incubation sont richement décrits par la science —, je n’ai jamais discuté avec personne de ce qui est pensé dans ces états, vers où chacun choisit de s’envoler. Pour une personne ayant des prétentions créatrices, je crois que considérer comme singulier et intime ce qui est moissonné lors de ces moments de vagabondage est important. Mais aujourd’hui, levons le voile ! Hier, juste avant de m’endormir, j’ai pensé à une hache et à tous les mots qu’elle pourrait trancher : tache, vache, moustache, lâche, potache, pistache, cravache, malgache, VIH, ganache, bravache, bâche, mâche, multitâche, et même les Appalaches. L’amorce m’est venue du livre Chien du Heaume que j’avais oublié avoir lu avant d’en réentendre parler dans l’émission Bookmakers de Richard Gaitet (dont je ne peux que recommander l’écoute, j’ai tant appris grâce à lui et à ses invité·e·s). Suite à ça, j’ai passé une bonne nuit, presque d’un trait, ce qui est de plus en plus rare. Au réveil, il faisait froid et je ne suis pas allé à la bibliothèque. C’est avec une bouillotte sur les genoux que j’ai découvert un nouveau nœud dans le bois de la structure du roman sur lequel je travaille. Comme d’habitude dans ces situations, plutôt que le ciseau, c’est une hache qui me vient à l’esprit pour sculpter la solution.


4 février 2025