Il faut plus de deux mains pour compter combien de gants j’ai perdus depuis que j’en porte. J’aurais dû tenir les comptes pour savoir si j’ai plus tendance à perdre le droit ou le gauche. (Idée de start-up : vendre des gants à l’unité.) Donc, ce matin, j’ai eu froid aux mains. Beau soleil pourtant. Hier, il pleuvait des hallebardes et j’ai crevé les deux pneus de mon vélo d’un coup d’un seul, c’était la première fois que ça m’arrivait. Trop de pluie pour rentrer à pied, j’ai déposé le vélo chez un réparateur. Son atelier sentait le WD-40 et la cigarette. Je pourrais récupérer mon destrier demain. Ce matin, donc, j’ai eu froid aux mains. Le fumeur m’a dit qu’il a trouvé une quantité incroyable – c’est le terme qu’il a employé – de bouts de verre dans mes pneus. Quelqu’un a dû, peut-être, un soir, acheter une bouteille, la ramener chez une autre personne qui organisait une fête. Ils ont bu. Avec un peu de chance, ils ont même dansé, empêchant les voisins de dormir. Peut-être que ces voisins sont descendus en pyjama pour dire aux danseurs de baisser la musique. Le lendemain, gueule de bois, l’hôte de la fiesta a évalué les dégâts, a essayé de commencer à ranger : au moins mettre les bouteilles dans un grand sac Ikea. Après plusieurs siestes, il s’est décidé à aller jeter le verre, une bouteille s’est échappée du sac et s’est éclatée sur l’asphalte en une quantité incroyable de morceaux de verre. Quelques jours plus tard, je passais en bas de chez lui sur ma route pour aller au boulot. Après avoir récupéré mon vélo, je suis allé chercher un colis. Je ne l’ai pas encore ouvert, mais je sais qu’il contient un exemplaire de Voyage au centre de la Terre. L’exacte réplique de celui que l’on m’avait offert après une après-midi passée dans un labyrinthe taillé dans un champ de maïs, pas loin du gouffre de Padirac, à une époque où je n’avais pas encore perdu tant de gants que ça. C’est presque effrayant de penser à l’impact qu’a eu ce livre sur ma vie. Et espérons encore plus bientôt. J’ouvre le colis.
1 février 2025